Pañcakōṣa

Les cinq enveloppes du Soi dans la Taittirīya-Upaniṣad

La Taittirīya-Upaniṣad fait partie du Krishna Yajur Veda. C’est un texte très important qui est  à la base de la philosophie du Vedanta et notamment de L’Advaita Darshan, l’école fondée par Śaṃkara.  L’une des particularités de cette Upaniṣad est qu’elle relève à la fois de l’Āraṇyaka[1] et des Upaniṣad classiques[2].

La Taittirīya-Upaniṣad fait l’objet d’une légende peu ragoutante (Viṣṇu Purāṇa) qui met en scène une altercation entre le guru Vaiśampāyana et son éminent disciple Yājñavalkya. Taittirī veux dire « perdrix ». Ce petit oiseau est réputé pour être très actif, à la fois vif et extrêmement vigilant. Ce texte cherche à inculquer au disciple l’esprit de Taittirī afin qu’il devienne aussi prudent et actif que l’oiseau dans sa quête du savoir.

Deux perdrix sur des rochers, gouache et aquarelle sur papier,
Inde (période) – Empire moghol (1526-1857) 18e siècle – Musée du Louvre

Le premier chapitre de l’Upaniṣad appelé Siksha Valli traite de la discipline de Shiksha (l’étude de la phonétique et de la prononciation). Il donne l’essence du karmakāṇḍa en termes de disciplines, rituels, méditations, valeurs et code de conduite.

Le deuxième chapitre, appelé Brahmananda Valli est celui qui nous intéresse le plus dans la perspective de la théorie des Pañcakōṣa. Pañca voulant dire cinq et kōṣa, couches ou enveloppes.

Après avoir initié le disciple aux rituels, aux méditations et différentes méthodes de concentration, l’Upaniṣad poursuit dans ce chapitre en le conduisant à la découverte de son identité la plus profonde : le véritable Soi

« Celui qui connaît Brahman, atteint le plus haut.
Satyā (la réalité, la vérité) est Brahman,
Jñāna (connaissance) est Brahman,
Ānanta (infini) est Brahman. »

Dans ce texte le Brahman n’est rien d’autre que le véritable Soi, mais il est caché sous diverses enveloppes (kōṣa) créées par l’ignorance. Ces enveloppes sont au nombre de cinq. Chacune couvrant l’autre, la plus extérieure étant la plus grossière.

Le texte s’ouvre en illustrant comment les cinq grands éléments ont émergé du Brahman dans un ordre séquentiel. Chaque élément héritant des qualités de celui qui le précède. Développant, par ailleurs, les siennes propres :

Au départ, il y a Brahman,
au stade de Nirguṇa et Nirakara, sans qualités et sans forme;

Puis vient la première manifestation, la plus subtile : l’Espace (Ākāśa),
omniprésent, qui a la qualité du son;

De l’espace vient l’Air (Vāyu),
qui a les qualités du son et du toucher;

De l’Air vient le Feu (Agni),
qui a les qualités du toucher et du son en plus de sa propre qualité de forme ;

Du Feu vient l’Eau (Apaḥ),
qui a la qualité de goût en plus de celles du son, du toucher et de la forme ;

Enfin de l’Eau vient la Terre (Pṛthvī),
qui, outre celles qui la précède, dispose de la qualité d’odeur.

Elle est la manifestation la plus grossière.

Puis l’Upaniṣad poursuit par la description de chacune des cinq kōṣa qui recouvrent le véritable Soi. Śaṃkara dit, comme le riz dont on doit retirer la balle pour récupérer le grain, nous devons d’abord retirer les différents revêtements de notre personnalité avant d’atteindre le Soi.

1. Annamayakośa :
Elle correspond à l’enveloppe physique que l’on modifie par la nourriture que l’on ingère (Annam signifie nouriture). Cette couche est le corps grossier que l’on appelle Sthulaśarīra.

2. Prāṇamayakośa

Plus subtile que la première, il s’agit de l’enveloppe Pranique ou énergétique. Elle est composé de cinq formes ou modifications du souffle : Prāṇa, Āpaṇa, Vyāna, Udāna et Samana, et des 5 Karmendriya, les organes d’action. Prāṇamayakośa fait partie du corps subtil que l’on appelle Sūkṣmaśarīra.

3. Manomayakośa

Cette enveloppe est composée du mental et des 5 Jñānendriya, les organes de la perception. Siège des émotions et des pensées, c’est le mental qui perçoit les objets du monde à travers les sens. Manomayakośa fait également partie de Sūkṣmaśarīra.

4. Vijñānamayakośa
Cette couche est composée de l’intellect et des cinq Jñānendriya qu’elle a en commun avec l’enveloppe de l’esprit. Elle est plus subtile que les trois précédentes qu’elle contrôle. L’intellect est le siège des valeurs de l’innovation, de la créativité, de l’imagination, de l’observation, du questionnement… Il fait aussi partie de Sūkṣmaśarīra

5. Ānandamayakośa

C’est l’enveloppe la plus subtile. Celle de la béatitude et du soi, en tant que félicité. Elle forme à elle seule le corps causal Karaṇaśarīra. Celui qui connait Ānandamayakośa :

«…il est plein de bonheur. Il existe en paix à l’intérieur et dans un état de joie calme indépendamment des circonstances, il est un avec tout et tout le monde. Il ne craint rien, il ne craint personne, il vit sa vraie nature, il est libre de l’orgueil, il est libre de toute culpabilité, il est au-delà du bien et du mal, il est libre de désirs de soif et donc tout l’univers est en lui et est le sien. Son être heureux est Atman-Brahman et Atman-Brahman est le bonheur. »

Les cinq enveloppes forment le revêtement qui cache le véritable Soi. Le Brahman pur qui transcende toute dualité et qui se situe au-delà de la dernière enveloppe, intacte et inchangée.

Le yoga cherche aussi à nous conduire à la réalisation de notre véritable nature et à la connaissance du Soi. Pour cela, il nous fournit une méthode et une large palette d’outils qui visent à éliminer les obstacles et à dépasser les conditionnements.

Du point de vue du yoga, la théorie des Pañcakōṣa présente un grand intérêt car elle souligne deux aspects importants : le caractère progressif de la pratique et la dimension immersive de l’expérience.

Le yoga doit être abordé comme une plongée intérieure, un voyage de l’enveloppe la plus superficielle, vers le noyau, du corps le plus grossier vers le plus subtil. Pour éclairer son chemin et traverser ces enveloppes il dispose d’outils ou de clés spécifiques

Āsana (postures), Niyāma (observances) et Kriyā pour Annamayakośa
Prāṇāyāma (extension de l’énergie vitale) et Kriyā pour Prāṇamayakośa
Dhyāna (méditation), Bhaktī (dévotion)et chants de Mantra pour Manomayakośa
– Et enfin l’étude et la pratique des deux formes de Samādhi pour Ānandamayakośa

Sources :


[1] Relève du corpus du karmakāṇḍa, la partie du Veda qui traite des disciplines, des rituels, des méditations et des valeurs
[2] Relève du corpus du Jñānakanda, partie du Veda qui consiste en des spéculations spirituelles à la recherche de la vérité


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