Vāyu, le souffle du Cosmos

Dieu du vent et souverain de l’Espace

Entre Pṛthivī, la Terre demeure du Feu, et Dyau, le Ciel où réside le Soleil, l’on trouve Antarikṣa, la sphère intermédiaire sur laquelle règne Vāyu, le dieu du Vent.

Le mot Vāyu a pour racine Vā, qui signifie « souffler ». Dans les Upaniṣad, il désigne le souffle vital du Cosmos et dans le Mahābhārata, il est le souffle universel. Instigateur de la vie et des êtres vivants. Le Dieu porte aussi les noms de Anila, celui par qui l’on vit et de Marut, celui sans qui l’on meurt.

Vāyu est une des cinq formes naturelles du Feu, celle qui réside dans la sphère de l’Espace et terrifie les êtres vivants. Il est l’ami d’Agni, dieu et forme naturelle du Feu terrestre, dont il renforce l’action.  Le Vedā fait de Vāyu l’ami et compagnon d’Iṇḍra, Dieu de la foudre. Dans le triptyque des dieux dominants Agni, Vāyu et Sūrya, Indra prend parfois la place de Vāyu comme souverain de l’Espace. 

Dans Viṣṇu Purāṇa, Vāyu est aussi le roi des musiciens célestes. Dans le Mahābhārata, il est le père naturel de l’invincible Bhīma, le frère ainé d’Arjuna. Il est aussi le père de Hanumān, le singe à la force légendaire. Voyageur et messager des Dieux, Vāyu est le régent de la région Nord-Ouest où il réside. Il est généralement représenté comme un homme blanc, fort et vigoureux, chevauchant une gazelle ou une antilope et portant un étendard en attribut.

Vāyu, dieu du vent et gardien du nord-ouest, chevauchant une gazelle. Il porte un drapeau dans sa main supérieure droite et une masse dans sa mains supérieure gauche.
© The Trustees of the British Museum

Une force vitale

Dans la Taittirīya-Upaniṣad, le mot Vāyu est utilisé à la place de Prāṇa qui signifie la force vitale. Dans la littérature yogique, cette force vitale se subdivise en 10 souffles que nous pourrions appeler sous- Prāṇa. De ces dix Vāyu l’on distingue cinq formes dites primaires : Prāṇa Vāyu, Apāna Vāyu, Samana Vāyu, Udana Vāyu et Vyāna Vāyu. Dans la pratique de méditation yogique et du Prāṇāyāma, l’extension du souffle vital, l’on s’intéresse principalement à trois d’entre elles : Prāṇa Vāyu, Apāna Vāyu et Samana Vāyu

Méditation : réunir les opposés

Le Prāṇa Vāyu est associé à l’inspiration et à l’ingestion, tandis que l’Apāna Vāyu est lié à l’expiration et l’élimination. Le Prāṇa est une énergie ascendante et, à contrario, l’Apāna est une énergie descendante.

A l’inspiration, lorsque la poitrine se soulève il est aussi possible d’observer un mouvement inverse et plus subtil associé à l’introduction de l’air dans le corps, une énergie descendante que l’on appelle Apāna Gati. De même, à l’expiration, alors que la poitrine s’affaisse l’on peut percevoir un mouvement inverse associé à celui de l’expulsion de l’air du corps, une énergie ascendante que l’on appelle Prāṇa Gati. Ainsi, les deux énergies opposées sont présentes simultanément à chaque inspiration et à chaque expiration.

Percevoir et ressentir la présence de l’Apāna Gati durant l’inspiration et du Prāṇa Gati durant l’expiration est l’un des secrets les plus puissants de la méditation.

Pranayama : diriger le souffle

Apāna Vāyu peut être dirigé vers le haut, en engageant Mūla-bandha et Uḍḍiyāna-bandha. De même, Prāṇa Vāyu peut être dirigé vers le bas en engageant Jālandhara-bandha

En inversant leurs directions, les deux Vāyu se rencontrent au niveau de Maṇipura Cakra, à l’emplacement du nombril, où ils sont d’abord convertis en Samana Vāyu avant d’être absorbés dans cette région que l’on considère comme étant la réserve de l’énergie vitale solaire.

āpānamūrdhvamutthāpya prāṇaṃ kaṇṭhādadho nayet |
yoghī jarā-vimuktaḥ sanṣoḍaśābda-vayā bhavet || 47 ||

Haṭhayogapradīpikā II.47 [1]

« Le yogi qui tire l’Apāna Vāyu vers le haut et qui pousse le Prāṇa Vāyu vers le bas de la gorge est libéré de la vieillesse et retrouve la vigueur d’un enfant de 16 ans. »

L’extension et le contrôle des Vāyu conduisent au ralentissement de la respiration et du rythme cardiaque à un point tel qu’ils en deviennent quasiment imperceptibles. Cette pratique possède de nombreuses vertus. Outre le fait de calmer le mental et de procurer un profond sentiment de relaxation, elle permet également d’améliorer la concentration. Le Prāṇāyāma est une pratique essentielle et incontournable pour tous les yogis. 

tasmin sati śvāsa-praśvāsyor-gati-vicchedaḥ prāṇāyāmaḥ ||49||

Patañjali Yogasūtra II.49 [1]

« Ladite [posture] étant [acquise, le yogin pratique], le Prāṇāyāma, ‘Protraction du souffle ; c’est l’interruption du cours de l’inspiration et de l’expiration. » [2]

Mais ne nous y trompons pas, la pratique du Prāṇāyāma est intiment liée à la pratique posturale dans l’Aṣṭāṅga Vinyasa Yoga. Elle en constitue même un aspect essentiel, une condition nécessaire… je conclurait simplement sur cette phrase qui dit toute l’importance de la respiration consciente. Elle est titrée de Yoga Rahasya et a été citée par David GARRIGUES lors d’une conférence sur le respiration :

« Lorsque l’air s’introduit dans le corps à travers un effort conscient, cela s’appelle une inspiration. »
… autrement (si l’action n’est pas réalisée avec « conscience ») cela n’est pas une inspiration !!

Sources :


[1] Source translitération Wisdomlib
[2] Michel Angot, « Le Yoga-Sῡtra de Patañjali suivi du Yoga-Bhāṣya de Vyāsa », Paris, Les Belles Lettres, 2008


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s